Troubles de l’apprentissage chez l’enfant, comment savoir ? Ecouter, observer, aider

 

Livre sous la direction de :
Dominique Durazzi


Auteurs du livre :
Evelyne Lenoble


Revue : n°23 décembre 2014

Auteur de l'article : Martin Joubert


Troubles de l’apprentissage chez l’enfant, Comment savoir ? Ecouter, observer, aider, Cahiers de Sainte Anne, Lavoisier, Paris 2014,  ISBN : 978 2 257 20 584 1

Le centre référent des troubles du langage de l’hôpital Sainte Anne s’est organisé dans la suite du travail théorico-clinique de Jean Bergès et de son équipe. C’est l’originalité de l’approche des troubles du langage dans ce centre de bilan et d’orientation. Evelyne Lenoble et Dominique Durazzi ont voulu rendre compte des particularités de ce travail.

Les troubles du langage n’y sont pas abordés selon le seul angle du trouble instrumental. C’est toute l’organisation corporeo-psychique de l’enfant et notamment la manière dont il habite son corps qui est prise en compte lors de ces bilans. Ceux-ci ne sont pas de simples états des lieux des capacités de l’enfant à un moment donné, mais s’organisent en un parcours dont l’enfant est invité à se saisir et au cours duquel ses stratégies pour aborder le savoir et l’écriture vont être précisées. L’équipe insiste sur les capacités d’adaptation surprenantes des enfants à leurs difficultés par des compensations à l’efficacité variable face aux contraintes de l’apprentissage langagier et scolaire.

Ce livre, qui se présente aussi comme un manuel clair et précis, est entrecoupé de vignettes cliniques ou didactiques qui explicitent précisément les termes techniques d’un champ où se sont multipliés les troubles en « dys » que Durazzi et Lenoble veillent justement à les relier à une clinique qui tienne compte du fonctionnement mental et de l’organisation du schéma corporel de l’enfant. De nombreuses vignettes biographiques évoquent aussi les travaux des prédécesseurs (De Ajuriaguerra, Piaget, Mises, etc).

Le soutien apporté à l’inscription de l’enfant dans l’école et dans son accès au savoir s’avère essentiel dans la prise en charge de ces troubles. Les auteurs insistent sur l’importance de leurs liens avec acteurs de terrain (C.M.P, C.M.P.P.) qui font du bilan en centre de référence un moment de réorganisation dans le parcours de l’enfant accompagné de ses parents, bien différent d’un avis technique dispensé ex-cathedra.

La deuxième partie du livre détaille certains aspects de la clinique. Partant de l’idée que le corps est dès le début le support de la pensée mathématique, Claire Meljac propose de lire les troubles d’apprentissage des mathématiques à la lumière des achoppements de la construction de l’image inconsciente du corps. Certains enfants ont des difficultés très particulières dans ce champ ce qui donne toute son importance aux tests spécifiques détaillés élaborés par l’équipe. Ces tests montrent combien la difficulté à penser les assemblages, les liaisons, les articulations, les symétries, les enchainements de causalité, se retrouvent aussi à travers une construction défaillante, ou bien de compensation, de l’organisation corporeo-psychique. La prise en compte de la temporalité est évidemment liée à ces questions. Et il n’est pas rare dans ces cas que l’une des réponses possibles à ces troubles soit celle d’un groupe « logico-mathématique ».

La graphothérapie est aussi un abord qui s’appuie sur l’implication du corps dans l’écriture. L’acte d’écriture est souvent surchargé d’implications narcissiques et pulsionnelles complexes qui ont des effets corporels directs. L’écriture est traversée dans sa concrétude par les débordements émotionnels des enfants. Une instabilité psycho motrice s’y trouve souvent révélée et il n’est pas rare dans ces cas que la prescription soit celle d’une relaxation en groupe de type « Bergès »

Mais les enfants peuvent aussi investir le signe linguistique en tant que tel comme un élément signifiant ce qui contrarie son utilisation dans le système combinatoire du langage. Permettre à l’enfant de traiter les signes linguistiques comme des éléments d’expression pulsionnelle est souvent une étape nécessaire avant qu’il puisse les réintégrer à un code propice à communiquer. Les auteurs insistent sur l’importance de la couleur comme media d’apprentissage. La relation à la  couleur facilite la transcription de l’oral à l’écrit ; cette correspondance faisant jouer la couleur comme un invariant d’un champ à l’autre.

A partir de son expérience de centre référent, l’équipe de Saint Anne à mis au point un certain nombre d’outils thérapeutiques. La relaxation en groupe de type « Bergès » vise à se constituer en tiers entre le corps de la mère et celui de l’enfant. Le « Calvin’s T group », propose aux enfants, dans une situation de groupe, de réinventer le contenu des phylactères et le récit de planches dessinées des histoires de Calvin et Hobbes. Les groupes logico-mathématiques s’attachent à renouer le lien entre le corps, le chiffre, l’espace et le temps. Entre l’histoire personnelle et les articulations logiques prises dans le langage, la question des origines s’y révèle souvent centrale.

Durazzi, Lenoble, et leurs collaborateurs, défendent au travers de ce livre une approche plurifactorielle des troubles du langage oral et écrit qui s’écartent des modèles organicistes et purement rééducatifs les plus souvent utilisés. Le trouble de l’enfant est ainsi resitué au sein de son histoire singulière et le travail de restitution avec les équipes, qui sur le terrain assurent le suivi des enfants, permet que le temps du bilan s’intègre dans un parcours de soin qui se construit progressivement et au fil de l’évolution de l’enfant.

08.12.2014 

                                                                                     

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