L’interprétation Monographies et Débats de Psychanalyse

 

Auteurs du livre :
Bernard Chervet
Josiane Chambrier-Slama
Sabrina Lambertucci Mann


Revue : n°22 avril 2014

Auteur de l'article : Armelle Hours


L’interprétation Monographies et Débats de Psychanalyse, Paris PUF, 2012 – ISBN 978-2-13-05-94-39-0

Cette monographie rassemble différentes contributions et discussions présentées lors d’un colloque de la Société Psychanalytique de Paris en 2011. Dans ce recueil à plusieurs voix, le thème de l’interprétation est ainsi exploré sous de multiples facettes, aussi bien théoriques que cliniques, ce qui en fait un ouvrage de référence. La richesse de ces apports pluriels rend assez délicat la restitution synthétique. Trois axes sont proposés autour desquelles le thème sera ici exploré. Tout d’abord : Les conditions première de l’interprétation puis : Quand l’interprétation prend corps et enfin : L’interprétation ses visées et ses destins.

Bernard Chervet introduit et conclut ce volume. Dans l’introduction, il souligne la polysémie du terme, spécialement avant l’émergence la pensée psychanalytique. Dans le champ de la psychanalyse c’est à partir de L’interprétation du rêve que ce concept prend toute son ampleur. Pour permettre l’accès à la spécificité de l’interprétation dans la cure, il propose deux dimensions: l’acte de parole et l’opération de pensée interprétante. L’interprétation dans la cure ne peut donc être dissociée de sa potentialité de transformation.

Dans sa contribution conclusive, Bernard Chervet reprend les diversités de l’interprétation dans le champ analytique, soulignant le caractère fondamental  de son imprévisibilité. La dimension du manque est ensuite examinée dans la perspective de la pensée théorisante. Deux types d’interprétation se dégagent : l’interprétation de substitution et celle de résolution. Cette dernière en lien étroit avec le renoncement. Plusieurs cas viennent ensuite illustrer le propos, mettant en évidence l’impératif d’inscription.

A la suite de l’introduction, Jean-Pierre Lefebvre, examine à l’appui de son expérience (celle de la traduction de l’œuvre freudienne), les convergences et les divergences entre la traduction et l’interprétation. Au delà des difficultés repérées notamment autour des choix possibles multiples en fonction du contexte, il met en avant la nature véritablement processuelle du travail de la traduction. Trois contributions organisent le premier axe de réflexion : Les conditions premières de l’interprétation. Michel Ody propose de réfléchir aux différentes formes de l’interprétation dans leur rapport à la symbolisation. C’est à partir d’une première consultation d’un enfant de 10 ans qu’il met en évidence l’importance de la place de l’analyste dans le maintien du niveau symbolique autrement dit cette position est celle d’un encouragement au détour du coté de la voie symbolisante. A partir de sa connaissance de la clinique psychosomatique, Claude Smadja envisage ensuite les obstacles au processus associatif ; ceux–ci étant principalement représentés par le défaut de fonctionnalité. Il propose l’usage de l’expression dramatique pour viser la mobilisation psychique du patient en vue de favoriser le potentiel de transformation économique. Jean-Louis Baldacci, à l’affut de l’espace intermédiaire, de l’espace du jeu, clinique à l’appui, met en avant quatre étapes préliminaires du processus interprétatif. Il s’agit du renoncement, de la position de neutralité, de l’implication de l’analyste, et enfin de l’interprétation du processus. Laurent Danon-Boileau débute la réflexion qui s’engage autour du second axe de l’ouvrage: Quand l’interprétation prend corps. Il propose d’examiner les différentes formes de l’interprétation. La fécondité de l’interprétation se repère lorsque le transitionnel cède le pas au conflictuel. En énonçant une interprétation l’analyste incarne un objet « inoui » nous dit-il, une prise de position permettant la relance de la symbolisation. Gerard Bayle offre ensuite une contribution à partir de son expérience de psychodramatiste. Il souligne tout l’intérêt de cet aménagement du cadre analytique. Le psychodrame pouvant permettre à la fois le passage de la projection à l’échange apaisé et, le retour d’une conflictualité féconde. La scène, le jeu, le groupe, ce qu’il nomme les élans du chœur, va permettre la modulation des accès pour l’interprétation, c’est à dire une certaine malléabilité nécessaire à la reprise de la processualité. Christine Saint-Paul-Laffont prolonge la réflexion autour ce deuxième axe consacré au corps de l’interprétation en nous proposant une réflexion sur la vertu de transformation de l’interprétation. C’est autour du récit d’une période particulièrement complexe d’une cure, que sa réflexion s’engage. Le travail de l’analyste, en particulier celui qui se fait en amont de l’énonciation, conditionne le changement et permet à l’interprétation de prendre corps.

Dans la troisième partie de l’ouvrage, L’interprétation ses visées et ses destins, Jean-Luc Donnet ouvre une réflexion sur l’usage interprétatif du transfert, en partant des thèses de Todorov sur les théories du symbole notamment sur la question de la finalité. A l’appui des positions de Freud et devant un certain nombre de difficultés théoriques et techniques plus actuelles, Donnet met en évidence l’opposition finalité / méthode dans l’analyse, opposition ouvrant sur la transitionnalité de l’espace analytique, l’analytique de situation. En particulier, il propose le concept de creusement du transfert en lien avec la processualité, principale visée de la cure.

Julia Kristeva envisage quant à elle, la spécificité de l’interprétation analytique. Un questionnement (et non pas une interrogation) sur l’acte de penser en lui-même. L’interprétation permet, nous dit-elle, une confrontation directe à la profondeur des mots, la chair, un au-delà du langage. Pour cela, il est nécessaire que la position de l’analyste offre une certaine souplesse. Cette conception laisse une large place à la façon dont sensorialité opère ses liaisons, comme l’illustrent les différentes situations cliniques proposées dans ce texte. Dans ces registres assez différents, l’expérience interprétative est synonyme d’ouverture.

En somme, on ne peut que conseiller la lecture de ce livre qui représente un document essentiel pour le travail psychanalytique.

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