Lettres à Marcella Spira

 

Auteurs du livre :
Jean-Michel Quinodoz
Mélanie Klein


Revue : n°23 décembre 2014

Auteur de l'article : Hede Menke-Adler


Lettres à Marcella Spira, PUF, « Hors Collection »216 p, ISBN : 978-2-13-0620-693.                                                                                                                            

Ce livre est un  témoignage sur les dix dernières années de la vie de Melanie Klein. Il a valeur de document sur l’histoire de la psychanalyse.

Ronald Britton rappelle dans la préface que M. Klein avait fait sa formation et ses premières expériences analytiques à Budapest et à Berlin. Elle avait ensuite émigré à Londres où ses exposés avaient suscité l’intérêt et l’enthousiasme chez ses auditeurs. A partir des années 1920 elle s’était consacrée au développement de la psychanalyse d’enfants, devenue son œuvre hautement originale et controversée.

Marcelle Spira (1910-2006), psychanalyste suisse, avait fait sa formation psychanalytique en Argentine où elle avait rencontré les principaux représentants du courant psychanalytique kleinien. Son retour en Suisse fut pour elle un choc, car la pensée kleinienne avait suscité méfiance et  hostilité de la part de ses collègues psychanalystes. C’est après sa mort que quarante-cinq lettres écrites par Melanie Klein entre 1955 et 1960, ont été retrouvées dans la bibliothèque de Marcelle Spira ainsi que des brouillons de lettres de réponse de cette dernière.

Jean Michel Quinodoz a traduit en français ces lettres et a entamé une recherche sur cette correspondance entre M. Klein et M. Spira, à la demande du Centre de Psychanalyse Raymond de Saussure de Genève. Lui-même et son épouse Danielle Quinodoz avaient  été en supervision avec Marcelle Spira.

Grâce à cette correspondance, on découvre l’engagement de M. Klein en faveur de M. Spira ainsi que sa persévérance et ténacité pour défendre son œuvre, et notamment son livre La Psychanalyse des Enfants. Sa technique psychanalytique appliquée aux enfants et la publication du livre s’étaient heurtées à beaucoup d’opposition. A la base de ces conflits était la controverse entre elle et Anna Freud. Le livre (écrit en allemand) et la traduction anglaise par Alix Strachey parurent en 1932.

En France, Melanie Klein a rencontré aussi des difficultés mais d’une autre nature. Elle rêvait  depuis 1932 de voir son livre traduit en français et publié en France. C’est un des thèmes principaux de la correspondance, «une saga… qui a duré dix ans», écrit J.M. Quinodoz : Jacques Lacan rencontre Melanie Klein en 1949 et lui demande l’autorisation de traduire son livre, ce que Klein lui accorde volontiers. Il entreprend mais abandonne rapidement ce travail et le confie à René Diatkine qui est en analyse avec lui. R. Diatkine traduit la première partie, et il remet son manuscrit à Lacan qui le perd. En 1951, R. Diatkine informe Klein de cet incident, et c’est Françoise Girard et son époux Jean-Baptiste Boulanger qui ont en fin de compte traduit « La Psychanalyse des Enfants », paru aux PUF en 1959. J.B. Boulanger écrit : «Lacan ne révéla ni n’admit jamais officiellement qu’il avait perdu la traduction faite à partir de l’allemand par R.Diatkine qui n’avait conservé aucune copie de son travail».

A l’occasion de la parution de son livre en français en 1959 (un an avant sa mort) Melanie Klein écrit: »C’est l ‘accomplissement d’un rêve que j’ai eu durant les vingt-sept dernières années ». 

C’est en 1955, à 73 ans qu’elle rencontre M. Spira pour la première fois à l’occasion d’un congrès de l’API à Genève. Elle encourage M. Spira à transmettre ses concepts et sa pratique de la psychanalyse dans la société suisse et évoque les problèmes qu’elle-même avait rencontrés dans le passé. Elle lui conseille aussi de ne pas polémiquer dans les débats, et elle écrit: «…Ma réponse à ce manque d’intérêt, à leur envie et à leur jalousie, a toujours été d’écrire et, en dépit de la position controversée dans laquelle je me trouve encore, il ne fait aucun doute que mon œuvre poursuit son chemin… je me heurte encore à une hostilité de la part du groupe représenté par Anna Freud, mais il y a de nombreux signes que le temps viendra… ».

Au fil du temps le livre de M. Klein se vend très bien et une célèbre maison d’édition le publie en poche. M. Spira a trouvé sa place dans la société suisse de psychanalyse : elle en devient membre en 1957 et membre formatrice deux ans plus tard. C’est elle qui a introduit la psychanalyse kleinienne en Suisse. Elle a permis à ses élèves de découvrir la richesse de l’oeuvre de M. Klein, dit J.B. Quinodoz qui écrit : «Le psychanalyste (doit) adopter une attitude largement ouverte au langage non verbal fait de sentiments, sensations et manifestations corporelles, et pas uniquement de langage verbal…. pour Marcelle Spira la connaissance ne saurait se passer de la sensorialité, des émotions et des affects, sans lesquels il n’existe pas d’authentique élan créateur».

Rarement M. Klein parle de sa famille, de son fils et de ses petits enfants. Au moment de la mort de la mère de M. Spira elle lui adresse ses condoléances et évoque la mort de sa propre mère : «J’ai mis du temps pour surmonter la dépression qui a suivi. Je pense souvent à elle, et même maintenant elle me manque beaucoup … en quelque sorte elle est restée vivante en moi…». M. Spira écrit dans ses brouillons: «…Mrs Klein, peut-être un jour le monde comprendra ce que signifie effectivement ‘position dépressive’ et saura que l’évolution de l’être ne repose que sur sa capacité d’apprendre à perdre… ».

 05.12.2014

                                                                                      

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