L’écoute de l’analyste. De l’acte à la forme

 

Auteurs du livre :
Laurence Kahn


Revue : n°21 octobre 2013

Auteur de l'article : Dominique Bourdin


La forme n’est pas un état mais un acte, et c’est avec elle que travaille le psychanalyste : chemin, pulsation suscitée par la perte, tension de la quête, formes verbales étranges, formes symptomatiques dont la source se dérobe, formes visuelles où se voilent et se dévoilent le plaisir et l’interdit, formes auditives où chaque modulation de la voix signifie l’insistance ou la défense sont au centre de l’expérience analytique. Ce n’est qu’en surface qu’émergent les formes indéchiffrables qui s’offrent à la pensée en quête de l’élucidation des productions inconscientes. L’exercice de l’analyse est constamment pris dans une tension entre le plan des formes marquées par la déformation imposée par la censure, et celui de l’action des formes expressives à valeur performative, essentiel à la saisie du transfert. La difficulté tient à l’articulation de ces deux plans, le sous-sol théorique en est la définition freudienne de la pulsion comme « morceau d’activité » (Pulsions et destins de pulsions, 1915).

Explorant la notion freudienne de « figurabilité », ou mieux de « présentabilité » (Darstellbarkeit) Laurence Kahn, membre titulaire de l’Association psychanalytique de France déploie sa réflexion sur la production et le déploiement des formes, c’est-à-dire de la Darstellung, ou « présentation » qui soutient la figurabilité du rêve, mais aussi un très grand nombre d’autres productions de l’inconscient et l’ensemble de la réalité psychique. Le premier chapitre critique l’idée d’une profondeur qui serait distincte de la forme et sous-jacente à celle-ci. C’est toujours à partir du destin des formes que s’invente la représentation des forces. C’est toujours à partir de la surface que se conçoivent ensemble les opérations de la figuration et la constitution de l’appareil à figurer, les opérations de l’interprétation et la méthode qui permet l’interprétation. Le second chapitre soutient avec fermeté que la présentation ne représente pas. La Darstellebarkeit renvoie aux conditions de possibilité d’un acte, celui de présenter de manière sensible, par un moyen approprié.

S’il y a des images dans le rêve, elles ne sont pas signe d’une chose représentée, mais le résultat du traitement d’un matériau psychique qui n’est pas une traduction. L’original n’existe pas, la référence est disloquée ; le processus primaire ne sait que désirer et présenter la satisfaction comme accomplie. La présentation est immédiate, déliée des contrantes du temps, de l’espoir, de l’attente ; elle fait être en faisant percevoir. C’est en termes d’actualisation, donc d’agir (y compris dans le symptôme en agissant à la fois deux volontés conradicotoires) et de reviviscence hallucinatoire qu’il faut penser le pouvoir de la force présentante. L’incarnation transférentielle s’effectue à partir d’une déformation par transfert, et conduit à penser les effets de la présence mais ausi le nécessaire fond hallucinatoire actif dans le langage.

Dans ce livre très dense, Laurence Kahn nous entraîne dans sa lecture exigeante du texte freudien dont elle dégage des enjeux essentiels tant pour la pratique de la psychanalyse – l’écoute de l’analyste – que pour son épistémologie. Sa thèse mérite discussion : n’existe-t-il que des formes dans la vie psychique, et faut-il, pour se prémunir contre une pensée métaphysique de l’être, privilégier la combinatoire des formes sur la réflexion sur l’énergétique et l’affect ? Mais en tout état de cause, nous n’avons pas fini d’explorer et de digérer la révolution freudienne ; Laurence Kahn nous montre, sous une forme qui exclut toute édulcoration, à quel point c’est dans le traitement de la surface que se manifeste le sens, et que celui-ci est une force, donc une action.

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