Le trait d’esprit et sa relation à l’inconscient

 

Auteurs du livre :
Sigmund Freud


Revue : n°27 décembre 2016

Auteur de l'article : Nathalie Ferreira


Freud Sigmund, Le trait d’esprit et sa relation à l’inconscient (1905) in Œuvres complètes, Psychanalyse, vol. VII, Paris, Presse Universitaire de France, 2014. ISBN: 978-2-13-057467-5,  296 pages.
 
Le Trait d’esprit et sa relation à l’inconscient (Der Witz und seine Beziezung zum Unbewußten) a été publié douze fois depuis sa première édition en 1905. La publication de 2014 est la troisième
publication française de ce texte de Freud .
L’ouvrage se découpe en trois parties: une première « Partie analytique », une seconde « Partie synthétique » et une troisième « Partie théorique ». A la manière d’un enquêteur, l’inventeur de la psychanalyse y cherche tous les indices qui lui permettent de comprendre le fonctionnement du trait d’esprit et le sens de ce phénomène psychique tant d’un point de vue du fonctionnement individuel que social.
Dans la première partie « analytique » Freud réalise un récapitulatif de la classification existante des techniques du trait d’esprit. Puis il cherche à établir « l’unité de cette variété ». Il semble que cette unité tient dans la technique de « condensation ». L’expression psychique de cette condensation se présente sous la forme économique principale d’une « épargne ». A la page 114 Freud introduira l’idée selon laquelle « la technique du trait d’esprit et la tendance à l’épargne qui la domine partiellement sont mises en relation par la production de plaisir. » Puis, plus loin il évoque la structure ternaire fondamentale du trait d’esprit: le trait d’esprit a besoin de trois personnes. La personne qui est l’auteur du trait d’esprit, l’auditeur qui en rit et celle au dépens de qui est réalisé le trait d’esprit. Cette dernière pouvant être une personne ou une autorité. Par la suite, Freud définit le trait d’esprit tendancieux comme le trait d’esprit qui procure le plus de plaisir. Il y voit un « moyen d’annuler le renoncement et de regagner ce que l’on a perdu » à cause du refoulement que nous impose la culture. Enfin la fin de la première partie résume la problématique qui trouvera sa résolution dans la seconde partie: « S’il est exact que le plaisir qu’apporte le trait d’esprit est attaché d’une part à la technique, d’autre part à la tendance, à partir de quel point de vue commun ces deux sources du plaisir du trait d’esprit si distinctes se laissent-elles donc réunir? » (p.136).
Dans la seconde partie « synthétique » l’auteur répond à cette problématique en focalisant son regard sur la psychogenèse du trait d’esprit dont il isole deux stades: le premier stade est celui de l’enfance où « le jeu avec des mots et des pensées est motivé par certains effets de plaisir de l’épargne », et le second stade est celui de l’acquisition de la plaisanterie à travers de laquelle « la satisfaction d’avoir rendu possible ce qui est interdit par la critique se trouve au premier plan. » Surtout Freud montre (p.156) que la nature originelle du trait d’esprit est de « s’opposer à une puissance inhibitrice et restrictive – à présent le jugement critique », ce qui fait que l’usage du trait d’esprit va au-delà de la production de plaisir et montre la voie aux autres utilisations. En effet les mobiles du traits d’esprit ne se résument pas seulement au rire. Le trait d’esprit a un mobile éminemment social, il est défini par l’auteur comme un processus psychique social. A la p.63 le fondateur de la psychanalyse pose les conditions nécessairement subjectives qui président au trait d’esprit. « Subjective » car certaines personnes sont davantage portés à faire de l’esprit et aussi par l’aspect social du trait d’esprit qui se lit dans le fait que le trait d’esprit provoque le rire chez l’autre mais pas forcément chez celui qui le fait (p.167). Un trait d’esprit ne peut pas se faire en silence, il a
toujours besoin de la collaboration d’une autre personne. Tel est donc « le point de vue commun » recherché à la fin de la première partie: un point de vue « subjectif ».
Dans la troisième partie « théorique » Freud approfondit le rapport du trait d’esprit à l’inconscient. Il le décrit comme une mise à découvert d’un processus de pensée infantile inconscient et il ajoute que « toute mise à découvert d’un tel inconscient agit sur nous en général comme comique » (p.197). Freud rappelle ici, en parlant de son invention de la psychanalyse, qu’il foule « un sol qui n’a encore été foulé par personne ». Pour renforcer les bases de cette nouvelle connaissance, il évoque le lien de la psychogenèse du trait d’esprit avec des dispositions animiques favorables (p.205). Il définit, p. 206-207, le trait d’esprit comme « la plus sociale des toutes les opérations animiques. Il nécessite souvent trois personnes et réclame d’être achevé grâce à la participation d’un autre au processus animique suscité par lui. Il faut donc qu’il se plie à la condition d’être compréhensible (contrairement au rêve) ». Ce faisant Freud défend l’idée épistémologique révolutionnaire qu’il existe un mode de pensée inconscient justement représenté par le witz. En ce sens l’auteur situe lewitz d’un point de vue économique, topologique et symbolique. Le trait d’esprit est:
- du point de vue économique: une dépense d’inhibition épargnée,
- du point de vue topologique: il est formé en tant que compromis entre l’inconscient et le préconscient,
- du point de vue symbolique: il échappe à la critique rationnelle et ce faisant se rapproche du fonctionnement infantile.
Je soulignerai enfin les usages cliniques, thérapeutique et pédagogique, de cette « nouvelle connaissance » annoncés par Freud. La relation thérapeutique décrite par Freud permet de mieux « comprendre les délires des malades mentaux et de leur donner valeur de communication si nous ne leur imposions pas les exigences du penser conscient mais qu’au contraire nous les traitions, comme par exemple les rêves avec notre art de l’interprétation » (p.197). La relation pédagogique permet d’ouvrir à l’enfant les voies d’un plaisir légitime et partagé avec l’adulte: « il y a peu d’autres choses qui puissent procurer à l’enfant un plaisir plus grand que lorsque la grande personne descend à son niveau, renonce à sa supériorité écrasante et joue avec lui comme d’égal à égal » (p.259).
Le trait d’esprit et son rapport à l’inconscient constitue donc un texte théorique, métapsychologique et clinique majeur.

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