Le Moi et l’Objet

 

Auteurs du livre :
Catherine Chabert


Revue : n°23 décembre 2014

Auteur de l'article : Martin Joubert


Le Moi et l’Objet, Libres Cahier, 29, In Press, Paris, 2014. ISBN : 978 2 84835 279 4

Ce nouvel opus des Libres Cahiers s’organise comme à son habitude autour d’un texte freudien de référence ; deux textes en l’occurrence : les « Trois essais sur la théorie sexuelle » de 1905 et « Le moi et le ça » de 1923.

Commentant « Entre le rêve et la douleur », un texte de Pontalis (1977), Catherine Chabert assigne à « l’usage douloureux de l’objet » une fonction majeure ; un objet qui n’est pas seulement de satisfaction ou de frustration, mais aussi un objet souffrant. Cette douleur de l’objet soutient le mécanisme de l’identification. Angoisse et douleur circulent entre sujet et objet constituant un affect à la fois commun et différencié à l’origine de l’identification narcissique. La douleur psychique est ressentie dans le corps qui se mue ainsi en psyché et inversement. Il y aurait donc avec la douleur de l’objet un état hypochondriaque partagé indifférencié mais source d’une possible différenciation. Catherine Chabert ouvre là une perspective intéressante vis-à-vis du rôle structural du masochisme originaire et de la clinique qui en dépend et dont l’importance pour l’humaine psyché se concrétise aussi dans l’art et dans la religion.

Contrairement au récit épique, quelque chose échappe dans la poésie à la seule compréhension d’un double sens fantasmatique. Pour Odile Bombard, c’est la matière sonore des mots qui est le véritable matériau du poème et les échos entre les mots apportent un surcroit de sens. A l’inverse du romancier, le poète doit forger sa propre langue. L’objet du poète serait d’obtenir une langue qui « garderait tout de l’infini des perceptions et des affects » et permettrait de retrouver l’unité d’un monde d’avant l’entrée dans le langage et la perte irrémédiable dont elle s’accompagne.

Dans « Le moi et le ça » Freud étend à toute perte d’objet le mécanisme de son remplacement par une identification. Ruggero Levy raccorde à cette hypothèse les développements post kleiniens d’identification projective ou bien de l’introjection de la relation contenant/contenu selon Bion. Les processus originaires que sont le sentiment de continuité et la capacité de rêver seraient marqués de la continuité psychique ainsi éprouvée par l’infans en relation à ses objets primitifs.

Les objets sont fondés par l’investissement libidinal et, condamnés à investir, nous le sommes aussi à constituer des objets. Paul Denis distingue deux voies de l’investissement, selon qu’il passe par les zones érogènes et leurs objets partiels, ou bien par l’exercice de la motricité. Ces deux voies devant se rejoindre dans l’organisation ultérieure du sujet, Adriana Helft évoque la tension en tout objet entre sa rencontre en tant que contingente et sa construction à travers les méandres de l’histoire infantile personnelle.

La dépendance n’est pas l’addiction, qui vise non pas l’objet mais la substance à l’origine d’un possible changement d’état. Edouardo Vera Campo rappelle que le principe de plaisir est placé d’emblée sous le signe de l’excès tandis que laissé à lui-même, il tend vers la mort. A la différence du plaisir, l’excès n’a pas la satiété pour modèle, mais la décharge qui est sans mesure, sans médiation psychique, sans représentation de l’objet. L’addiction répond à un idéal d’indépendance narcissique ; indépendance à l’égard du monde extérieur dira Freud.

L’identification à l’orée de la vie psychique procède essentiellement, pour Sylvie Regnier, de la présence de l’objet et non des mécanismes dérivant de l’absence ou du deuil. Car l’identification ne traite pas l’objet comme une personne, fut-elle interne ou externe, mais procède par prélèvements inconscients de détails, « par emprunts à l’objet ». Laurence Apfelbaum confronte ici théories kleiniennes et intersubjectivistes.

L’objet originaire désigne selon Jean Claude Rolland d’une harmonie édenique. Il offre un contenant aux tempêtes de l’âme que sont les angoisses primitives. Fait d’une « nébuleuse » de souvenirs, d’évocations inconscients et donc « démis de leur formes », il prend une valeur nostalgique et déceptive. Les objets ultérieurs garderont cependant la trace des particularités de cette objet-utopie. Comme l’anagramme d’un nom décomposé, recomposé en ses parties évoque musicalement, rythmiquement, la mémoire de ce qui est absent, il faut à l’objet nouveau certains traits semblables au premier. Et c’est encore la douleur qui permet de conserver la trace de l’absence. Douleur qui est une déclinaison de la passion de même que la douleur morale est le produit d’une conversion de la passion amoureuse.

08.12.2014

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