Le bébé en psychanalyse, Monographies et débats de psychanalyse

 

Auteurs du livre :
Laurent-Danon Boileau
Myriam Boubli


Revue : n°22 avril 2014

Auteur de l'article : Martin Joubert


Le bébé en psychanalyse, Monographies et débats de psychanalyse, P.U.F, Paris 2014, ISBN : 978 2 13 060718 2

Qu’en est-il du bébé freudien à la lumière des connaissances actuelles sur les compétences précoce du petit de l’homme et en particulier ses capacités sociales ? Comment passer de l’observation à la métapsychologie ? Ce numéro des Monographies et Débats de Psychanalyse, s’ouvre sur un texte de 1964 de Esther Bick, inédit en français, sur l’importance d’une reprise groupale du travail d’observation des nourrissons pour dégager les observateurs d’identifications trop immédiates. Ce texte contient trois observations qui permettent de mesurer sa finesse et sa précision clinique. Elle relève l’utilisation précoce par l’enfant de l’identification de parties du corps aux objets.

Boubli et Despinoy imaginent une tension dynamique entre l’identification adhésive, tout entière tournée vers les qualités de surface, et une identification somatique primitive liée aux perceptions motrices et sensorielles, tension permettant l’organisation d’un premier sentiment d’identité. Ils insistent sur la fonction de l’activité motrice du bébé, aussi en relation, dans la construction conjointe des premières représentations et de l’appareil à représenter.

Denys Ribas rappelle l’évolution des théories analytiques des premiers développements, tandis que Bernard Golse retrace l’historique des thérapies conjointes mère-bébé dont Jacques Angelergues montre dans des exemples cliniques l’importance du travail d’élaboration qu’il permet des représentations des parents sur leur enfant. Françoise Moggio reprend cette perspective à propos de la place du père dans cette clinique particulière.

Les compétences du nouveau-né sont abordées sous différents angles. Sylvain Missonnier propose une « généalogie » de la sucette utilisée pour calmer les enfants. Il distingue la succion, qui vise à avaler, du suçotement, qui vise à un plaisir d’organe auto produit et apaisant. De cette distinction, entre ce qui calme et ce qui satisfait, Missonnier oppose un investissement primaire qui s’attache aux objets d’un autre où, au contraire, ce sont les espaces vides qui sont investis tandis que les objets sont ressentis comme persécutants.

Les capacités d’imitation et d’organisation neuro-motrice dirigées vers l’entourage et qui sont propres à l’espèce humaine orientent le bébé très précocement selon Colwyn Trevarthen vers le plaisir de l’échange. Il note que les premiers signaux de communication repérés par les adultes se situent pour l’enfant à un niveau sous cortical « anencephalique ». Discutant ce point de vue, Danon-Boileau remet en lien la question de l’imitation avec celle de l’identification. Si la détresse est nécessaire à la construction d’une représentation de l’absence, dans une solitude qui se prolonge le bébé en vient à « investir le désinvestissement et prend en haine ses propres capacités de représentation ».

Les formes précoces de l’identification s’organisent dans l’exercice de la motricité propre de l’enfant et de ses effets. Des « flux de formes » et les traces d’éprouvés précoces s’impriment dans l’organisation d’un corps-psyché. Issus de la fameuse pouponnière de Lóczy, Alberto Konicheckis et Julianna Vamos montrent l’importance pour ce développement des expériences et des explorations motrices de l’infans. Le bébé crée des formes par la motricité, le rythme, le mouvement, alternant des moments d’intégration et de non intégration. Il s’approprie ainsi l’environnement à sa portée et se constitue un « noyau de subjectivité ». L’émerveillement de l’enfant à partir de sa propre activité leur paraît équivaloir à la reconnaissance et l’émerveillement partagés dans l’interaction avec son entourage. Le plaisir dans une solitude créatrice présuppose la présence de l’autre support de la satisfaction du « besoin spécifique»

Si l’enfant doit pouvoir établir une confiance suffisante dans la prévisibilité de son entourage et de la satisfaction pulsionnelle, il lui faut tout autant éprouver sa capacité à créer et transformer le monde dont il a besoin. Le sentiment du bien être et de la « bonne humeur » de l’enfant sa capacité à la joie de vivre serait selon eux liés à l’entrecroisement de ces deux champs.

Le mouvement et l’objet se créent mutuellement et « l’œil de l’enfant parle à sa main » disent-ils. Lorsqu’il est seul, l’enfant qui joue avec ses mains crée des sensations et des formes à la fois visuelles, émotives et kinesthésiques, sur lesquelles s’appuient les premières narrativités. L’enfant crée ainsi le monde qui l’entoure.

Les images sensorimotrices sont donc porteuses des premières formes d’identification à l’objet qui s’organisent d’abord comme identifications « intra corporelles » (au sens de G. Haag). Les états sensoriels que le bébé s’approprie par le mouvement lui permettent de rassembler l’excitation et d’intégrer les expériences psychiques vécues. De plus, le jeu des muscles agonistes/antagonistes préfigure l’ambivalence, tandis que la construction de formes dans les flux sensoriels, s’appuyant sur les compétences neurologiques de l’espèce, font le lit des capacités de symbolisation à venir. En produisant des formes qui peuvent avoir une signification partagée, le bébé crée ses premiers symboles.

Pour Roussillon, l’infans trouve dans son environnement premier matière à intégrer ses expériences subjectives dans l’organisation d’un langage non/pré-verbal. Il insiste sur les capacités du bébé à s’ajuster à son entourage. La plasticité et l’adaptation réciproque de l’enfant et de son entourage lui permettront d’éprouver et de surmonter la déception primaire ; à traverser ces expériences répétées l’enfant organise progressivement un narcissisme primaire qui lui permettra de se dégager d’une dépendance absolue à l’objet et de faire face aux blessures narcissiques primaires. Ces expériences d’avant le langage sont celles qui tendront le plus à se répéter, la compulsion de répétition prenant selon lui la forme d’une compulsion à l’intégration dans et par le langage de ces expériences : l’infans qui ne parle pas encore, « vit dans une nébuleuse subjective en quête d’expériences de rassemblement organisatrices ».

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