L’ado et son psy, nouvelles approches thérapeutiques en psychanalyse

 

Auteurs du livre :
Philippe Gutton
Philippe Robert
Raymond Cahn
Serge Tisseron


Revue : n°22 avril 2014

Auteur de l'article : Simone Sausse-Korff


L’ado et son psy, nouvelles approches thérapeutiques en psychanalyse, Ed In Press, 2013 - ISBN : 978-2-84835-258-9

Si le titre est un peu « racoleur » et a probablement été choisi par l’éditeur, le sous titre est très juste car cet ouvrage traite des nouvelles approches en psychanalyse d’une manière générale, et pas seulement pour les adolescents. En effet, les auteurs sont de grands spécialistes de l’adolescence, mais leurs réflexions, très novatrices, sont tout à fait pertinentes pour le champ psychanalytique dans son ensemble.

Pendant longtemps, nous rappelle Raymond Cahn, l’adolescence a été considérée comme une contre-indication pour la psychanalyse. Les clivages, les actings, les  orages transférentiels constituent autant d’obstacles. Les adolescents amènent dans le cabinet de l’analyste ou dans les groupes thérapeutiques l’intrusion, l’emprise, la séduction, le manque, la violence, l’incohérence. Ces situations ne sont pas métabolisables directement, et si elles rencontrent la « surdité » des psychanalystes traditionnels, elles aboutissent à des impasses. Ces difficultés et l’évolution des adolescents actuels amènent les auteurs à repenser les topiques freudiennes. Il s’agit d’utiliser l’instrument à l’envers, « faire du psychanalytique autrement », comme le dit le titre d’un paragraphe. « C’est donc bien dans ces situations d’impasse intersubjective que se révèle la différence entre une position freudienne classique d’un analyste expert dans la résolution des énigmes de la psyché et d’un autre qui, à l’inverse, se laisse traverser par les affects et les pensées induits par le patient en tant que partie prenante de la problématique de ce dernier » L’attente des adolescents face à l’adulte a changé. « Le cadre, désormais, c’est le psychanalyste lui-même dans son « être-là » comme dans son contre-transfert. » Contrairement au schéma habituel où l’analyste propose une interprétation, ici il tient compte de l’exigence absolue de l’adolescent que ce soit à lui seul qu’appartient la découverte, même si c’est en fait une découverte faite à deux, dans un travail de co-création.

C’est un « travail d’intersubjectalisation adolescente primo-originaire », comme l’écrit P. Gutton. Il faut inventer une pratique, modifier la théorie de la technique, en évitant la « parentalisation du thérapeute », qui risque d’être un prolongement du parent. L’analyte s’engage, participe à l’imaginaire du jeu, et n’hésite pas à proposer une version personnelle de ce qu’il entend du côté de l’adolescent. « Le psychanalyste guette les associations de l’adolescent afin non pas de les interpréter, ni de les pointer, ni de les placer, mais d’associer lui-même afin de leur donner une suite qui sans

cela ne viendrait pas ». A la faveur de ce travail de co-création, les scènes narcissico-pulsionnelles deviennent inter-subjectales. Le thérapeute et le patient créent un mythe partagé.

Serge Tisseron rappelle que l’analyse traditionnelle n’est pas adaptée aux adolescents et que les adolescents d’aujourd’hui confrontent les thérapeutes aux technologies numériques et aux mondes virtuels. Plutôt que de les stigmatiser, Serge Tisseron pense qu’il faut accepter d’y entrer avec eux en pensée, car ils peuvent constituer un support d’appropriation des expériences subjectives. La thérapie des adolescents doit tenir compte de ce changement de paradigme, ce qui implique que le thérapeute connaisse lui-même les jeux vidéos. Il pourra se servir des avatars que Serge Tisseron considère comme un allié, un support narratif, donnant lieu à ce qu’il appelle « la clinique de l’avatar ». Ces pratiques encore marginales produiront les modèles thérapeutiques de demain.

Philippe Robert souligne la difficulté aussi bien pratique que théorique d’appliquer l’approche groupale à l’adolescence. L’adolescent réveille chez les parents leur propre pubertaire.Etant donné que l’adolescence n’est pas une simple répétition, mais un choc et une rupture, alors le groupe familial est ébranlé et sa continuité attaquée. Pour penser le groupe à l’adolescence, il faut faire un saut épistémologique. La thérapie familiale concerne plutôt des familles psychotiques, et ce qui sera requis chez les thérapeutes, ce sera l’enveloppe, le contenant et la fonction alpha. La présence concrète des thérapeutes est nécessaire avec ces situations cliniques marquées par des défauts de mentalisation et des pathologies narcissiques.

Quatre voix s’unissent ici pour ouvrir des pistes fécondes et stimulantes hors des chemins balisés de la psychanalyse orthodoxe. Ces nouvelles approches thérapeutiques en psychanalyse rendent compte des capacités de renouvellement et d’innovation qui sont indispensables si la psychanalyse veut survivre  dans le contexte actuel.

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