La construction du sens

 

Auteurs du livre :
Jacques Press


Revue : n°22 avril 2014

Auteur de l'article : Dominique Bourdin


La construction du sens, Paris, PUF « Le fil rouge », 2010, 291 pages-ISBN 978-2-13-058362-2

Psychanalyste formateur de la Société suisse de psychanalyse, Jacques Press présente, dans la ligne de son rapport de 2008 au Congrès de Genève des psychanalystes de langue française sur la construction, mais en y incluant d’autres travaux, ses réflexions sur la psychanalyse et la psychosomatique. Ouvrant son livre par une évocation d’Aby Warburg, il insiste d’emblée sur l’ambiguïté fondamentale de toute construction, à cheval entre tentative délirante de guérison du trouble  et mise en forme menant à la connaissance. L’enjeu n’est pas d’opposer une représentation à une autre mais de tenir compte de la tension qui menace d’un court-circuit l’activité de pensée elle-même. La détresse première, l’Hilflosigkeit, tient à l’absence trop longue de l’objet secourable mais aussi à l’exposition à une excitation pulsionnelle sans forme.

Convaincu que l’on ne peut penser la pulsion sans l’objet, ni l’objet sans la pulsion, Jacques Press se propose de suivre la ligne de crête qui sépare et unit des versants différents, délire et construction, pulsion et objet, vérité de l’histoire et vérité interne, dans leur tension dynamique et dans la remontée vers leur source commune, en dialogue avec la philosophie (Wittgenstein, Austin), l’anthropologie (J. Goody, Sahlins) et l’histoire de l’art (Didi-Hubermann). Il s’agit moins de construire le fait passé que le regard qui permet de le voir,  et moins d’interpréter un contenu que de construire la forme qui permette au contenu d’advenir, donnant ainsi un espace au non-existant, position sensible aux potentialités du patient, à partir des vibrations dans le contre-transfert des zones de dysfonctionnement – aux antipodes de la mise en évidence des insuffisances de fonctionnement. 

La réflexion se déploie en appui sur la clinique, à partir d’une relecture des enjeux du Moïse de Freud de 1938 et de l’importance donnée à la notion ferenczienne de confusion de langues, comprise comme un véritable paradigme de la non-communication. Une partie essentielle de l’ouvrage est consacrée au défaut de passivité, butée centrale menant à revisiter les questions de la régression, du traumatisme et de l’hallucinatoire. Une autre mène le débat psychosomatique avec  l’Ecole de Paris, et oppose les maladies à crises aux désorganisations progressives.

Le livre se conclut par un examen attentif de la présence sensible de l’objet analyste, construction d’une véritable position passive dans la dialectique entre négativité du cadre et qualité de la présence. Cette valeur de la présence importe d’autant plus que construire consiste à donner sa place à quelque chose qui n’a pu la prendre et donc à créer la trame invisible où les mots rebondissent et s’échangent, retrouvent leur épaisseur et leur polysémie, permettant d’une part les processus de pensée non advenus jusque là, d’autre part la reprise des fondements de l’identité. On ne peut faire abstraction de la qualité du tissu relationnel qui tisse une toile de sens qui finit par tenir, donc de la qualité de présence de l’analyste. Si l’autre – le parent, l’analyste – peut se mettre à cette place qui est la mienne aussi sans me détruire ni me disqualifier, mais dans une fonction de medium qui laisse apparaître le sens, sans que lui-même ne soit détruit ni disqualifié, c’est que j’ai le droit d’exister. Devenir ce que l’on est serait, faisant de notre inachèvement une richesse et non une amputation, laisser agir en nous le reste qui nous meut tout en nous échappant à jamais,  dans la construction indéfinie d’une féminité originaire, source profonde de notre créativité. 

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