Eros et Anteros

 

Auteurs du livre :
Denise Braunschweig
Michel Fain


Revue : n°25 décembre 2015

Auteur de l'article : Petra Palermiti


Eros et Anteros, ed InPress, ISBN : 9782848352466, 312 p.

Ce livre dont la première édition remonte à 1971 a été réédité récemment. Précurseur de la pensée psychanalytique contemporaine, il trouve un regain d’intérêt.

Son propos est une opposition entre Eros et Antéros, entre la relation objectale et le narcissisme, conçus comme les deux pôles de la pulsion sexuelle.  “Antéros n’est pas une nouvelle notion de la métapsychologie. L’opposition entre Eros et Antéros n’est en fait qu’une variante des études portant sur la désexualisation de la libido objectale transformée en libido narcissique et de la resexualisation de cette dernière” (p.267). “Eros n’est (…) pas l’amour, ce dernier résulte de la victoire d’Eros sur Anteros” (p.258).

Ils nous présentent Antéros:”… non pour élever cette force au rang des deux principes opposés par Freud, Eros et Thanatos, mais pour l’habiter, nous l’avons dénommée Antéros, du nom du frère jumeau d’Eros.” (p.11)

L’opposition pulsionnelle reste donc inchangée, la pulsion de vie opposée à la pulsion de mort de laquelle Eros et Antéros peuvent être au service.

Pour les auteurs, Freud est le père de la psychanalyse et le “représentant de la paternité” (p.26) Le travail de M. Klein en est le complément féminin : “Le kleinisme nous est apparu d’essence féminine au sens le plus redoutable du terme, sens activé justement par les faits établis par S. Freud.”… (p.261) C’est donc la bisexualité qui est représentée par ces deux théories.

De cette “essence féminine” les auteurs différencient le maternel. Le “véritable état amoureux vécu par la femme pour son nouveau-né… projetterait son narcissisme” sur lui. (p.262) 

Les conséquences de la différenciation entre le féminin et le maternel sont multiples. Ainsi pour la position de Don Juan : “Don Juan naît d’une fausse appréciation de l’aîné, interprétant l’union de son cadet nouveau-né avec sa mère comme un scandale au cours duquel son père est éliminé.” (p.258) Ainsi “Il élimine le père, possède la mère mais n’accepte la paternité d’aucune façon”…

La féminité, sauvage et incongrue, doit être refoulée par le garçon comme par la fille, refoulement nécessaire pour accéder à la loi paternelle. “La dominance de la paternité est celle de l’intelligibilité” (p.262). Pour la fille cette problématique implique le “refoulement primaire du vagin”, vagin dont l’existence sensible ne sera révélée que bien plus tard par un homme.

Les auteurs situent les tentatives de conquête de toutes les femmes par Don Juan par rapport à sa position dans le groupe familial. Ils relient le positionnement de Don Juan avec les propos de Freud sur la horde primitive et la psychologie de la foule.

Le groupe devient ainsi une figure qui rejette Eros. Si le désir humain cherche la relation à deux, Eros menace l’unité du groupe. Pourtant le groupe est obligé de tolérer son existence pour assurer sa continuité. “Le groupe résout ce problème de la continuité de la descendance en faisant dominer le désir d’avoir un enfant sur le désir sexuel.” (p.265)

Bien d’autres aspects encore de la sexualité sont étudiés dans les différents chapitres : Comment comprendre la jalousie et quel est son lien avec le maternel ? Qui est Narcisse ? Quelle est la préhistoire de la vie amoureuse adulte ?

Tout cet ensemble de réflexions riches et novatrices fait de cet ouvrage un livre questionnant la clinique contemporaine et ses problématiques narcissiques. C’est aussi une façon originale de présenter une métapsychologie des relations objectales, loin de la perspective intersubjective.

Publié le 16 décembre 2015

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